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Un pacte pour protéger le Monarque de Tahiti

Un pacte pour protéger le Monarque de Tahiti

Jeune Monarque de Tahiti©Jean-Paul Mutz

Le Monarque de Tahiti est un oiseau endémique de l’île, présent sur les territoires des communes de Punaauia et de Paea. Afin de protéger durablement cette espèce, une matinée de travail s’est tenue le 30 mai 2018 à la Mairie de Punaauia.
L’objectif était de mettre au point un pacte ou « Papature ‘avei’a » sur la gestion de plusieurs espèces nuisibles, notamment la Petite Fourmi de feu et certains oiseaux introduits.

Les partenaires du pacte

Ont collaboré ce jour-là :

    • Les équipes communales de Punaauia et de Paea,
    • La Direction de l’Environnement (DIREN),
    • Des représentants du programme BEST 2.0 de l’Union européenne,
    • Des représentants de la Chambre de l’Agriculture et de la Pêche Lagonaire (CAPL),
    • Les éco-sentinelles de la Fédération des Associations de Protection de l’Environnement (FAPE) Te Ora Naho
    • Plusieurs associations telles que l’Association Syndicale Libre (ASL) du lotissement Te Maru Ata, l’Association des copropriétaires de la vallée de Punaru’u Vai Ora
    • La Société d’Ornithologie de Polynésie (SOP) Manu


Tous les partenaires ont travaillé activement à l’élaboration d’un plan d’action

Après la présentation des méfaits de ces espèces introduites pour le Monarque de Tahiti et l’homme, ainsi que les moyens de lutte utilisés par la SOP et dans le Pacifique, les 24 participants se sont répartis en 3 ateliers, en gardant à l’esprit les questions concrètes suivantes:

Que faire ? Qui fait quoi ? Qui paye quoi ?

  

Atelier 1 – Prévention d’une ré-invasion de la Petite Fourmi de Feu (PFF) sur Te Maru Ata

Cette réflexion peut servir d’exemple aux communes et lotissements encore indemnes et qui souhaitent le rester.

Les participants ont proposé 3 actions : l’information, la communication et la sensibilisation des particuliers du lotissement à la problématique de la PFF et ses impacts.

La communication pourrait se faire au moyen de :

  • Panneaux d’information dans le lotissement
  • Courriels d’information aux résidents
  • Distribution de flyers
  • Formations individuelles des particuliers à la détection de la PFF
  • Témoignages de victimes de ce fléau lors d’assemblées générales du syndicat du lotissement

Les fonds pourraient venir de plusieurs horizons : les usagers via le syndicat, des dons, la Commune, le Pays et l’État.


Atelier 2 – Cas des colonies de PFF qui n’ont encore jamais été traitées

Le cas pris en exemple est celui de la vallée de la Punaru’u.

La stratégie proposée a été la suivante :

    1. Sensibilisation de l’ensemble des usagers de la vallée (via les associations, réunions de quartier, syndicats, Conseil de gestion de la vallée de la Punaru’u, syndicat des élus)
    2. Création d’un réseau d’usagers de la vallée (habitants, associations, sportifs, randonneurs, entreprises) qui pourrait participer à la détection et cartographie des zones touchées. Une formation préalable pourrait être donnée par la DIREN, la SOP et la FAPE.
    3. Mise en place d’une stratégie de traitement collective et efficace avec l’ensemble des acteurs impliqués (pays, communes, entreprises, associations et particuliers) qui pourraient participer financièrement au traitement, chacun à leur échelle  – le réseau se chargeant ensuite du suivi de l’évolution des colonies, des points devenus indemnes mais aussi des points persistants qui nécessiteraient alors de nouveaux traitements.

Atelier 3 – Mise en place d’une gestion multi-acteurs des PFF sur les communes de Punaauia et de Paea

Les participants ont exprimé l’idée que 4 actions seraient nécessaires à l’échelle des deux communes:

  • Cartographie et suivi des colonies
  • Traitement tenant compte des zones cibles (urbaines, sauvages avec intérêt touristique ou écologique, agricole)
  • Biosécurité passant par l’information et la formation des particuliers et un label délivré aux entreprises écoresponsables
  • Mise en place d’une cellule chargée de la coordination de la stratégie ainsi que de la recherche de financements à un plus haut niveau, comme l’État ou encore l’Europe.

CONCLUSION

La qualité des projets montés et l’engouement des participants qui se sont pris au jeu, laissent espérer que ce pacte deviendra prochainement une réalité et qu’un pacte protecteur permettra aux habitants de Punaauia et de Paea de s’impliquer dans la Sauvegarde du Monarque de Tahiti et d’améliorer par la même occasion leur qualité de vie.

Il est important de souligner que l’équilibre des écosystèmes profite aussi à la population, comme l’a témoigné une habitante au terrain est envahie par la PFF dont le quotidien est gâché par ce petit insecte.

Ce travail a été réalisé dans le cadre du projet BEST de la SOP Manu, financé par l’Union Européenne, la DIREN, la mairie de Punaauia et avec l’aide de Pacific Invasives Initiative.


POUR EN SAVOIR PLUS
Méfaits de ces espèces pour la biodiversité et l’homme ainsi que les moyens de lutte utilisés par la SOP et dans le Pacifique

Petite Fourmi de Feu
La PFF forme des méga colonies qui progressent en moyenne de 50 mètres par an, et peuvent compter 77 reines par mètre carré. Ces reines collaborent entre elles.
Ces fourmis provoquent d’abord l’inconfort par leurs piqûres douloureuses puis, peu à peu, la vie dans les faa’apu devient impossible. Les chiens, les chats, le cheptel deviennent aveugles.
Au final elles s’infiltrent dans les maisons, le long des gaines électriques, dans les vêtements.
Dans les vallées, la microfaune est divisée par trois et le Monarque de Tahiti déserte les territoires contaminés.
Les moyens de lutte sont : la biosécurité pour prévenir sa dispersion, le traitement des colonies qui varie selon le terrain (maison, forêt ou falaise) et un suivi dans le temps pour prolonger le traitement jusqu’à la disparition des derniers points positifs.

En Australie, 360 ha ont déjà été éradiqués. 4 autres pays ont réussi des éradications de colonies.

Lutte contre la PFF à Te Maru Ata

Oiseaux introduits
16 % des Martins tristes (ou Merles des Moluques) prélevés sur Tahiti en 2012 étaient excréteurs d’une Salmonelle.
15% des Pigeons bisets sont excréteurs de la bactérie Chlamydophila psittaci responsable de l’ornithose, maladie aussi appelée chlamydiose aviaire.
10% des Bulbuls à ventre rouge testés sur Tahiti sont excréteurs de Klebsellia pneumonia, la bactérie responsable de la klebsiellose.
Ces trois maladies sont contagieuses pour l’homme. Ce sont surtout les jeunes enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les malades immunodéprimés qui peuvent être touchés.
Les Pigeons bisets peuvent contaminer les pigeons verts endémiques ou Ptilopes de la Société (‘ū’upa) avec de nombreuses maladies.
La malaria aviaire a également été retrouvée chez 10 % des Martins tristes (ou Merles).
Malaria et Haematoprotéose passent facilement via les piqûres d’insectes aux oiseaux endémiques.
Les Bulbuls, Martins tristes (Merles) et Busards de Gould (Epervier) – espèces introduites – s’attaquent aux productions humaines (vergers, abeilles, poules) et aux oiseaux du fenua.
Retirer les Merles et les Bulbuls dans les vallées avec l’aide des particuliers a permis à la SOP d’augmenter enfin la population de Monarque de Tahiti.

Les moyens de lutte sont :

  • éviter le nourrissage de ces espèces avec des restes de nourriture
  • le piégeage (la SOP cherche des volontaires entre le PK 12.5 et 23)
  • le tir à proximité des nids pour protéger les Monarques

Pour INFO : Sept villes d’Australie ont développé des réseaux de piégeurs et huit pays du Pacifique luttent activement contre ces espèces.

Par Caroline Blanvillain et Vaihiti Teaniniuraitemoana