Au second semestre 2025, plusieurs actions structurantes ont été menées en faveur du Kākikāki, oiseau marin endémique de Rapa, dans le cadre du projet LIFE STOP EXTINCTION, combinant suivi de la reproduction, sécurisation des sites de nidification et restauration des habitats.
Une première mission s’est déroulée d’août à septembre 2025, avec pour objectif principal le suivi des terriers de reproduction sur les motu de Rapa Iti et de Tauturou. Dix terriers actifs ont pu être localisés (8 à Rapa Iti et 2 à Tauturou), une avancée majeure pour l’espèce, pour laquelle aucun terrier n’avait été confirmé depuis plusieurs années sur Tauturou. Ces terriers ont été géolocalisés, équipés de caméras-pièges et suivis à l’aide d’endoscope afin d’observer l’intérieur des cavités sans perturber les adultes ou les poussins. Les difficultés rencontrées concernaient principalement l’accès aux sites (conditions maritimes défavorables empêchant certaines descentes, notamment à Karapoo Rahi) ainsi que la présence de nombreux terriers vides, en particulier à Tauturou, utilisés temporairement par d’autres espèces de pétrels.
Une seconde mission, menée de novembre à mi-décembre 2025, a permis d’achever le suivi de la saison de reproduction 2025 et de collecter les résultats définitifs. À Tauturou, les deux terriers suivis ont produit des jeunes ayant atteint le stade de l’envol, dont un individu presque adulte à la fin novembre. C’est le premier bénéfice direct observé de l’éradication des rats menée en 2023 avec le soutien du Fonds vert en 2023. À Rapa Iti, sur huit terriers suivis, deux ont produit des jeunes avec succès, deux ont probablement échoué en raison de la prédation par les rats, deux étaient occupés par un adulte seul et deux n’ont pas pu être suivis correctement en raison de la végétation dense ou de la chute des caméras lors d’épisodes de vents violents. L’accès à Karapoo Rahi n’a pas été possible sur cette période.
Cette mission a également été marquée par une opération majeure d’éradication des rats polynésiens sur le motu de Rapa Iti, site clé pour la reproduction du Kākikāki. Pendant cinq semaines, environ 200 kg de raticide ont été distribués manuellement sur l’ensemble de l’îlot (4,5 ha), avec deux applications espacées de 15 jours. Les zones accessibles ont été traitées par les équipes locales et de l’association Manu, tandis que les zones escarpées et inaccessibles ont nécessité l’intervention de cordistes spécialisés. Des mesures strictes de sécurité et de biosécurité ont été mises en place, incluant l’information de la population, l’installation de panneaux sur les quais et les motu, ainsi qu’une interdiction temporaire de consommation de crabes littoraux pendant six mois. Les conditions météorologiques, notamment les vents forts, ont constitué la principale difficulté logistique de l’opération.
Enfin, en marge de la dératisation, des actions complémentaires de restauration des habitats ont été menées sur plusieurs motu, incluant la lutte contre le goyavier de Chine, le contrôle de pins invasifs et des plantations ciblées d’espèces indigènes favorables aux oiseaux marins. Le succès de l’éradication des rats sera évalué dans les 12 à 24 mois suivant l’opération grâce à des caméras-pièges. Si les résultats sont concluants, cette action devrait améliorer significativement le succès reproducteur du Kākikāki et favoriser la recolonisation durable des colonies d’oiseaux marins autour de Rapa.