Six semaines à Rapa au chevet du Kākikāki

Du 10 août au 18 septembre 2026, les équipes de l’association Manu étaient à Rapa pour une mission de six semaines consacrée au suivi de la reproduction du Kākikāki et à la protection de son habitat. Suivi des terriers, surveillance des rats, restauration des motu, sensibilisation et biosécurité : plusieurs actions ont été menées en parallèle pour mieux connaître et protéger le Puffin de Rapa – Kākikāki, seul oiseau marin strictement endémique de Polynésie française et dont les risques d’extinction sont très élevés.

Une saison de reproduction sous haute surveillance

Les suivis réalisés sur le terrain ont permis d’identifier 17 terriers de Kākikāki. Parmi eux, 11 poussins ont pu être détectés sur le motu Rapa Iti, tandis que deux incubations sont probables à Tauturou. Ces nids seront suivis jusqu’à la fin de la saison de reproduction, prévue en novembre, afin d’évaluer leur succès et le développement des jeunes.

Trois Kākikāki adultes équipés de GPS (GLS) ont également été repérés grâce aux caméras. En pleine incubation, ils n’ont volontairement pas été capturés afin d’éviter tout risque d’abandon des nids. Une tentative pourra être réalisée à la fin de la saison de reproduction.

De nouvelles méthodes pour mieux suivre le Kākikāki

Discret et difficile à observer, le Kākikāki représente un véritable défi pour les équipes qui assurent son suivi. Outre un endoscope ultra-souple et long permettant de percer les secrets de terriers de souvent plusieurs mètres de long, la mission a permis de tester de nouvelles méthodes pour mieux identifier les terriers réellement fréquentés. De petits bâtonnets ou morceaux de roseaux sont notamment disposés devant leur entrée : leur déplacement permet de détecter le passage d’un oiseau. Cette technique est actuellement utilisée sur environ 120 terriers.

Des membres de l’équipe ont également été formés à la manipulation et au suivi des poussins d’oiseaux marins, notamment des poussins de Pétrel de Murphy, une espèce plus grande et donc plus facile à manipuler. Le poids et la longueur de l’aile sont notamment relevés afin de suivre leur croissance au fil des semaines.

Retour du rat : une traversée à la nage qui menace les Kākikāki

La saison de reproduction se déroule cependant dans un contexte préoccupant. En juillet, avant le début de la mission, un rat (kiore) avait été détecté par caméra-piège, quelques mois seulement après l’opération de dératisation menée fin 2025. Dès l’arrivée de l’équipe Manu à la mi-août, un réseau de pièges et de caméras de surveillance a donc été installé et sept rats de grande taille ont été capturés. C’est le deuxième échec de nos tentatives d’éradication sur Rapa iti (alors que celle menée sur Tauturou en 2023, une île bien plus grande, a tout de suite été couronnée de succès). Cette détection confirme qu’il y a bien une recolonisation du site depuis l’île principale et la pointe de Temavaee. Le petit bras de mer qui sépare Rapa Iti de cette pointe est trop étroit pour dissuader les rats de tenter de rejoindre les bruyantes colonies d’oiseaux de mer… à la nage.

L’équipe locale a donc également été formée aux techniques de piégeage et des stations de dératisation ont été installées sur la pointe de l’île principale afin de protéger dans la durée les 11 précieux poussins de Kakikaki présents sur Rapa Iti de l’arrivée de nouveaux rats.

L’enjeu est particulièrement important alors que les Kākikāki sont en pleine période de nidification et qu’il reste si peu de nids connus pour cette espèce dont les effectifs semblent devoir être revu à la baisse. Les effectifs mondiaux sont en effet estimés à moins de 100 couples mais les suivis de cette année peuvent laisser penser que la situation est encore plus critique.

Suivre les motu et restaurer l’habitat du Kākikāki

La protection des oiseaux passe aussi par celle de leurs habitats. Les plantes envahissantes occultent l’entrée des terriers ou freinent la progression des oiseaux au sol, d’autres modifient l’étanchéité du plumage, souvent vitale pour les oiseaux marins.

Sur le motu Tauturou, le contrôle des goyaviers de Chine envahissants se poursuit par l’équipe locale pour permettre aux oiseaux de nicher à nouveau. 

Sur Karapoo Rahi, les repousses de goyaviers ont été éliminées, même si aucun terrier occupé n’a été détecté au cours de cette mission sur ce motu encore infesté de rats.

La restauration de la végétation s’est également poursuivie sur Tarakoi et Rapa iti, notamment grâce à la plantation de pandanus et d’autres espèces indigènes comme le Rata et l’Apiri qui freine la prolifération d’une herbe collante : le mélinis.

Sensibiliser pour mieux protéger

La conservation des oiseaux de Rapa repose aussi sur l’implication et la sensibilisation des habitants. Une intervention a ainsi été organisée auprès des élèves de CM1-CM2 de l’école de Tevii pour leur faire découvrir les oiseaux marins de leur île, avec un focus particulier sur le Kākikāki et les menaces qui pèsent sur l’espèce. Des présentations consacrées à la biosécurité et aux espèces envahissantes ont également été proposées aux employés de la mairie, aux policiers municipaux et aux agents de la DAG de Rapa.

L’objectif : renforcer les connaissances locales et partager les bonnes pratiques permettant de limiter l’introduction et la propagation d’espèces envahissantes sur l’île de Rapa et ses îlots inhabités.

Prochaines étapes

La fin de cette mission ne marque pas la fin du travail. Le suivi du Kākikāki se poursuivra jusqu’à la fin de la saison de reproduction, prévue en novembre. L’objectif sera notamment de déterminer si 11 poussins actuellement suivis parviennent à atteindre le stade juvénile.

La surveillance des rats sera elle aussi maintenue afin de détecter rapidement toute nouvelle incursion et d’en limiter l’impact sur les oiseaux marins. Une tentative d’éradication des rats sur Karapoo rahi sera menée prochainement, et peut être encore celle de Rapa Iti si on arrive à protéger la pointe Temavae des rats efficacement.

 

Suivi scientifique, contrôle ou éradication des espèces envahissantes, restauration des habitats, biosécurité et sensibilisation : autant d’actions indispensables pour sauver  le Kākikāki de l’extinction et protéger les autres oiseaux de Rapa.

 

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